ACTIVITES PLAISANCIERES ET ANCRAGES SUR LES HERBIERS MARINS

23 septembre 2008
Exemple de l’Archipel des Glénan

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Introduction

1. Etat des lieux bibliographique
2. La pratique de la plaisance aux Glénan
3. Proposition de protocole d’évaluation des impacts
4. Propositions d’action et de gestion
Bibliographie
Sources Internet

 

La plaisance et les loisirs nautiques comptent en France près de 4 millions d’usagers. On dénombre environ 450 000 embarcations actives (et 800 000 immatriculées). Le nautisme bénéficie d’une image environnementale positive (navigation à la voile, connaissance du milieu marin...) et concerne souvent des usagers soucieux de préserver un rapport privilégié à la nature. Les sites jusque là relativement préservés du fait de leur éloignement sont aujourd’hui des lieux privilégiés de ces usages récréatifs. Les milieux insulaires sont donc particulièrement recherchés pour leur qualité environnementale et leur caractère « naturel et sauvage ».

L’archipel des Glénan, du fait de sa renommée n’échappe pas à cette situation. L’activité plaisancière constitue donc une pression supplémentaire sur les milieux littoraux. Malgré l’augmentation des sites aménagés pour l’accueil des bateaux de plaisance, la capacité d’accueil des infrastructures reste inférieure au nombre de bateaux. De ce fait, la pratique du mouillage sur ancre ou à l’échouage est très développée, et pose la question des impacts liés à ces pratiques. Les milieux naturels, et notamment le milieu marin sont aujourd’hui susceptibles de souffrir de ce développement des activités de plaisance. Des espèces végétales marines, tels que les herbiers sont particulièrement exposées aux dégradations dûes aux ancrages. Or l’archipel des Glénan est un des trois sites majeurs de l’herbier Zostera marina en Bretagne. Ces herbiers de zostères sont des habitats d’une grande fragilité. Leur rôle écologique est important puisqu’ils constituent des « habitats / refuge » de qualité pour de nombreuses espèces de poissons, crustacés et mollusques, qui viennent s’y nourrir, s’y reproduire et y pondre.

Connaître les impacts avérés de la pratique de la plaisance semble donc nécessaire pour limiter au maximum les menaces et les pressions sur ces milieux naturels fragiles. Cette fiche qui s’appuie sur la thèse réalisée par Ingrid PEUZIAT en 2005 dans l’archipel des Glénan, s’attachera donc à présenter les connaissances acquises sur la question de l’impact généré par l’activité plaisancière, mais également à présenter la méthodologie d’évaluation mise en œuvre dans l’archipel. Elle sera complétée par quelques informations réglementaires et propositions d’action.

 


CONTEXTE

L’Archipel des Glénan :

  • située à 9 milles des côtes, au sud de la Baie de Concareau
  • environ 20 îles et îlots (entre 1 et 40 hectares)

 La plaisance :

  • 4 millions d’usagers, 250 000 licenciés à la FFV
  • 450 000 embarcations actives

 Dans l’archipel des Glénan, on dénombre :

  • Jusqu’à 600 bateaux/ jrs en periode estivale
  • 2 sites de mouillage spécialement aménagés pouvant accueillir 250 bateaux

 Les milieux / espèces remarquables:

  • Herbiers sous-marins Zostera marina
  • Narcisse des Glénan

 

1. ETAT DES LIEUX BIBLIOGRAPHIQUE

Dans la recherche internationale, le traitement de la question des impacts de la plaisance sur les herbiers marins est assez abondant et couvre à la fois les impacts directs et indirects des aménagements et des pratiques de plaisance : artificialisation des littoraux, ancrage, installation de pontons et de bouées de mouillage, arrachage par les hélices de bateaux, pollutions... Cependant, les études françaises restent très limitées. Les recherches effectuées sur la thématique du nautisme, de la plaisance et de leurs impacts restent encore très restreintes puisqu’elles nécessitent la mobilisation de connaissances pluridisciplinaires. En effet, les impacts que peut générer cette pratique sportive sont variés et touchent à la fois le milieu marin, mais également de manière indirecte le milieu terrestre.

Les impacts directs : les dégradations liées aux ancrages

L’impact réel des mouillages sur les herbiers est encore peu évalué sur les littoraux atlantiques. En effet, les approches expérimentales s’avèrent particulièrement difficiles à mettre en œuvre, elles nécessitent un suivi de long terme qui fait souvent défaut, et enfin se révèlent particulièrement complexes en raison des multiples paramètres influant sur l’évolution de l’écosystème herbier (facteurs naturels et anthropiques).

Quelques travaux portant sur l’impact des pratiques ou des équipements de mouillage ont été menés dans les espaces protégés ouverts au public. Bien qu’il ne s’agisse pas de travaux concernant l’espèce Zostera marina, ils concernent néanmoins des herbiers soumis également aux pressions de l’activité plaisancière.

En Méditerranée, de nombreuses études ont été réalisées sur les herbiers et particulièrement sur l’espèce Posidonia oceanica, notamment dans le Parc National de Port-Cros et dans la Réserve Marine d’Ustica (Italie) [Francour, P., & all, 1999. Ganteaume, A., & all, 2004, Ganteaume, A., & all, 2005 Milazzo M., &  all., 2004].  Les travaux effectués sur les sites de prairies de Posidonia oceanica, ont fait l’objet de simulations d’ancrage qui laissent apparaître des résultats différents en ce qui concerne le nombre de pieds endommagés au cours de l’ancrage. Le nombre de pied endommagé dépend de l’endroit où l’ancrage est effectué, ou encore du type d’ancre utilisé par les plaisanciers. Cependant, tous les travaux sur l’espèce Posidonia oceanica démontrent qu’il existe bien un impact négatif de l’ancrage sur les herbiers. Des travaux ont également été réalisés en Atlantique sur l’espèce Halodule wrightii Ascherson dans le parc national d’Abrolhos (Brésil) [Creed J. C., Amado Filho G. M., 1999], et sur l’espèce Zostera marina dans l’archipel des Glénan en Bretagne [ Peuziat, I., 2005]. L’ensemble des travaux réalisés sur les différents herbiers met en évidence l’impact négatif que peuvent avoir les activités de plaisance sur ce type de flore aquatique.

Au-delà de l’espèce d’herbier étudiée, ces travaux scientifiques mettent en avant les impacts négatifs provoqués par les activités de plaisance, et notamment les dégradations liées aux ancrages des bateaux de plaisance. En effet, que cela soit dans des zones de mouillages organisés1 (mouillage sur corps-mort2) ou de mouillage forain (ancrage), le mouillage provoque des dégradations de l’herbier : arrachage des pieds, dégradation des feuilles...

Il est par ailleurs intéressant de noter que les études menées ont démontré les impacts négatifs de l’ancrage à court terme, mais que peu d’études ont été menées sur le long terme. Les capacités de recolonisation de l’espèce endommagée par les ancres restent mal connues. La recolonisation dépend de nombreux facteurs susceptibles de varier, selon la nature de l’impact (configuration et ampleur de la zone dénudée, répétition de l’impact) ou encore des autres facteurs de stress de l’herbier (turbidité, température et salinité de l’eau, pollutions diverses, courants, compétition avec d’autres espèces ...). Les effets à long terme de ces ancrages sur herbiers restent mal connus, et leur prise en compte globale pour la compréhension des évolutions des herbiers reste un enjeu majeur.

Des impacts indirects et multiples

L’activité plaisancière n’est pas uniquement source de dégradations des fonds marins et des herbiers via les ancrages, elle peut également générer des impacts de façon indirecte par le comportement même des plaisanciers. Ces impacts potentiels ne font pas systématiquement l’objet de méthode d’évaluation scientifique.

Les pollutions engendrées par les bateaux

  • Les peintures anti-salisures (revêtements de finition destinés à empêcher la fixation d’organismes vivants, d’animaux ou de végétaux sur les carènes des bateaux et des équipements flottants) ont également un impact potentiel sur le milieu marin. Les impacts de ces produits sur le milieu marin n’ont encore jamais été mesurés dans l’archipel. On sait cependant que certaines substances herbicides, présentes dans la composition de ces produits, limitent la croissance et la photosynthèse des herbiers de zostères [Chesworth J. C., et al., 2004]. De même, certains produits (tels que le tributyletain) présents dans des peintures aujourd’hui interdites sont connus pour leurs effets nocifs sur certains animaux marins. Ceux-ci perturbent le développement et la reproduction d’animaux tels que les gastéropodes [Bech M., 2002, Huet M., et al., 2004] et peuvent entraîner une diminution locale de la diversité spécifique. Cependant, les effets de certains composants de ces peintures anti-salissures restent très mal connus.
  • Les bateaux à moteurs, bien que moins nombreux que les voiliers dans l’archipel des Glénan, sont sources de pollution lors de leur utilisation. L’émission de gaz d’échappement (gaz carbonique, monoxyde de carbone, benzène, hydrocarbures…) est particulièrement nocive pour l’environnement. Lors de leur utilisation, les bateaux à moteur rejettent dans l’environnement entre 25 et 33% d’hydrocarbures non brûlés, ainsi que des huiles, graisses et nombreux dérivés d’hydrocarbures. La plupart de ces composés sont considérés comme toxiques, cependant il reste là aussi difficile de quantifier la pollution liée à ces bateaux à moteurs.

Les pollutions et nuisances dues aux comportements et pratiques des vacanciers

  • La pratique de la plaisance pose également le problème des rejets des eaux usées et des pollutions organiques. Le manque d’équipement, ainsi que le coût de ceux-ci poussent bon nombre de plaisanciers à rejeter les eaux usées en pleine mer. La forte fréquentation de certains sites en période estivale peut donc s’accompagner d’une pollution organique et bactérienne modifiant la qualité bactériologique des eaux, et entraîner l’eutrophisation du milieu. On peut donc se poser la question des impacts de ces pollutions sur la végétation marine. L’enrichissement du milieu en matière organique peut venir perturber de manière importante des écosystèmes marins (modification des habitats et des chaînes trophiques, asphyxie du milieu...) [Peuziat, I., 2005].
     
  • Lors des débarquements sur les îles, les plaisanciers sont également susceptibles de dégrader la végétation et le tapis végétal par le piétinement. Leur participation à ce processus d’érosion sur les Glénan est variable selon les îlots en fonction de l’intensité et de la fréquence des débarquements mais aussi de la sensibilité du milieu [Peuziat, I., 2005]. L’impact de la fréquentation sur les milieux dunaires est significatif sur plusieurs îlots : Penfret, Bananec… ce qui a conduit à la mise en place d’aménagements de protection dunaire et de canalisation de la fréquentation sur ces îles dans le cadre Natura 2000 [ Leborgne, M., Mairie de Fouesnant, 2006]. Il reste néanmoins très difficile de dissocier les effets imputables d’une part aux plaisanciers et d’autres part aux touristes qui fréquentent les îles, notamment celle de St Nicolas.
     
  • Le dérangement de l’avifaune est un aspect important dans l’analyse des impacts de la plaisance sur l’environnement. En effet, la pratique de la plaisance permet d’accéder à des espaces particulièrement isolés, où certains oiseaux sensibles au dérangement, peuvent encore vivre et se reproduire. L’archipel abrite de nombreuses populations nicheuses d’oiseaux marins, limicoles et quelques espèces hivernantes. Les débarquements de plaisanciers sont donc susceptibles d’avoir lieu sur des milieux propices à l’installation d’espèces.

    Sur le plan ornithologique, l’intérêt patrimonial de l’archipel n’est pas majeur. Ceci est notamment liés à la fréquentation nautique qui provoque le délaissement de sites de nidification. Le débarquement de plaisanciers sur les îles peut engendrer d’importants dérangements, comme c’est le cas pour l’îlot de Guiriden où nichaient encore il y a une dizaine d’années des gravelots à collier interrompu et des grands gralevots. Aujourd’hui ces espèces ne nichent plus sur cet îlot et les quelques tentatives observées échouent du fait des débarquements [Leborgne, M., Mairie de Fouesnant, 2006]. Ainsi, les débarquements sont particulièrement préjudiciables aux populations de limicoles : huîtriers pie et gravelots à collier interrompu. Ce dernier fait partie de l’espèce la plus vulnérable, d’une part car les effectifs sont très réduits, et d’autre part, en raison de son mode de nidification.
    D’autres espèces sont également sensibles aux dérangements : les colonies de goélands connaissent aussi un niveau de perturbation relativement important durant la période de nidification, les sternes qui, sans nicher aux Glénan, y trouvent d’importantes ressources alimentaires durant l’été. Enfin, les cormorans pourraient également subir des dérangements si la fréquentation venait à s’étendre sur les îlots de nidification, jusque là épargnés. L’impact réel de ces perturbations n’est pas encore bien connu, mais celles-ci peuvent avoir des conséquences préjudiciables pour l’avifaune présente aux Glénan.

    Les études relatives à la fréquentation plaisancière et ses nombreux impacts potentiels sur l’environnement sont encore peu avancées, car elles nécessitent la mobilisation de moyens humains et matériels très importants. Cependant, les études réalisées ont mis en évidence les impacts provoqués par la pratique de la plaisance, tels que ceux évoqués précédemment
     

 


LES IMPACTS LIES A LA PRATIQUE DE LA PLAISANCE

 

Les dégradations liées aux ancrages :

  • Arrachages
  • Endommagement des pieds d’herbier
  • Dégradation des feuilles

Les impacts indirects :

Les pollutions engendrées par les bateaux :

  • Les peintures anti-salissures
  • Les émissions des bateaux à moteur

Les pollutions et nuisances dues aux comportements et pratiques des vacanciers :

  • Rejets des eaux usées
  • Pollutions organiques
  • Dégradation de la végétation lors des débarquements
  • Dérangement de l’avifaune

 

2. LA PRATIQUE DE LA PLAISANCE AUX GLENAN 

Située à 9 milles des côtes continentales au sud de la baie de Concarneau, l’Archipel bénéficie d’une position et d’une configuration géographique favorable : la vingtaine d’îles et d’îlots sableux (de taille très variable : de 1 ha à plus de 40 ha) est disposée en cercles constituant ainsi une zone abritée. Les îles abritées des houles d’ouest se révèlent particulièrement attractives pour la pratique de la plaisance. Le site présente également un intérêt tout particulier, en raison de la diversité des milieux naturels et de ces paysages : « les plages de sable blanc et fin, les eaux limpides et claires ». Ce sont d’ailleurs ces paysages qui sont largement mis en avant dans la promotion touristique de l’archipel (office du tourisme...).

Une pratique plaisancière ancienne

L’Archipel des Glénan est depuis longtemps un des sites emblématiques de la pratique des activités de plaisance. L’île du Loc’h a accueilli dès 1947 un des premiers camps des Centres de Formation International, c’est ce même camp qui devint, plus tard, l’école de voile « Les Glénans ». Aujourd’hui, le centre nautique peut accueillir jusqu’à 400 personnes réparties sur quatre îles. L’archipel est aujourd’hui fortement associé à la pratique des activités de plaisance. Les îles et îlots des Glénan sont devenus une escale incontournable pour tous les navigateurs et plaisanciers, et le rayonnement de l’Archipel dépasse maintenant le monde du nautisme.

Les modes de pratique

L’activité de plaisance a particulièrement marqué l’archipel, et y constitue aujourd’hui l’activité principale. En effet, les Glénan se situent dans un bassin de navigation particulièrement dynamique : les plaisanciers qui les fréquentent sont très souvent des habitués de longue date et pour une majorité originaires de Bretagne (et plus particulièrement des habitants du Finistère). La navigation de plaisance aux Glénan est donc le fait de « locaux ».

Elle se caractérise également par une fréquentation de courte durée (d’une demi-journée à quelques jours) : l’excursion à la journée ou à la demi-journée est une des pratiques plaisancières les plus développées aux Glénan. Cette forme de fréquentation se traduit par d’importants flux à certaines périodes de la journée (arrivée de bateaux en fin de matinée et départ en fin de journée). L’escale de quelques jours se pratique également dans l’archipel et correspond souvent à une étape durant une croisière itinérante. Ce type de fréquentation nautique répond aux attentes des plaisanciers à la recherche de calme, de lieux de baignades et de repos.

Ainsi, la grande majorité des plaisanciers fréquentant les Glénan reste peu de temps sur le site et s’adonne à des activités pratiquées pour l’essentiel dans un périmètre délimité en mer par la zone de mouillage et à terre, par la plage.

Les comptages réalisés dans le cadre de l’étude menée par I. Peuziat [Peuziat, I., 2005] montrent une forte hétérogénéité de la fréquentation durant l’année selon la saison, la période de la journée ou encore la météo. On peut noter le caractère estival de la fréquentation nautique, qui a lieu principalement de mai à septembre, avec d’importants pics de fréquentation pendant les mois de juillet et août. Durant ces 2 mois, on compte en moyenne 230 bateaux mouillés par jours, et lors des pics de fréquentation le nombre de bateaux peut dépasser les 600. La fréquentation est beaucoup moins importante le reste de l’année :

  • En juin et septembre, il s’agit surtout d’une fréquentation de week-end (145 bateaux en moyenne) tandis qu’en semaine, on ne compte en moyenne qu’une quarantaine de bateaux au mouillage.
  • De septembre à mai, la fréquentation est très faible (en moyenne 15 bateaux au mouillage) du fait de l’inhospitalité du site et des difficultés de mouillage pour les bateaux de plaisance à cette période de l’année.

La fréquentation nautique des Glénan est principalement une fréquentation de plaisance : 96 % des  embarcations recensées  entre 1999 et 2003 étaient à usages de loisirs (voiliers, canots, vedettes…). La flotte naviguant aux Glénan se distingue nettement par l’importance du nombre de voiliers. La navigation à voile (embarcation de 5 à 10 mètres) est une pratique majoritaire dans l’Archipel. Néanmoins, la présence de vedettes à moteur est de plus en plus fréquente.

Le mouillage des embarcations de plaisance

Dans les espaces insulaires, la pratique du mouillage sur ancre ou à l’échouage (selon le type de d’embarcation) constitue le principal mode de fréquentation nautique. Les zones de mouillages légers (ou organisés) dans les abris naturels sont peu nombreuses. Il existe deux sites de mouillages organisés dans l’archipel, gérés par la commune de Fouesnant-Les Glénan. Ces deux sites sont largement fréquentés puisqu’ils concentrent en moyenne 59 % de la fréquentation de l’archipel. Cependant leur attrait varie selon la période de l’année : ils sont d’autant plus fréquentés en basse saison (la sécurité apportée par le corps-mort incite de nombreux plaisanciers à préférer ces mouillages, et ceci de façon plus marquée lorsque la météo est médiocre et les bateaux de grande taille).

Ces sites de mouillages connaissent donc un important succès. En période estivale, la fréquentation nautique se concentre sur ces deux sites de mouillage, qui peuvent accueillir jusqu’à 250 bateaux pour 100 corps-morts. Face à cette forte affluence certains plaisanciers préfèrent pratiquer le mouillage sauvage.

En effet, hormis ces sites de mouillage organisé, le site des Glénan se caractérise par la dispersion des sites de mouillage autour des nombreux îlots. Les abris naturels sont nombreux et variés, ce qui permet aux plaisanciers de trouver des espaces protégés des houles et des vents pour mouiller. Plus d’une dizaine de zones de mouillage sauvages ont été identifiées, réparties dans tout l’archipel. Les principaux ilots concernés  sont ceux de Guiriden, du Penfret, ou encore de l’île du Loc’h...). On peut également noter que le mouillage sauvage est également pratiqué de façon importante à proximité des zones de mouillage organisé. En effet, il n’existe aucune réglementation spécifique, interdisant le mouillage sauvage dans les zones équipées de corps-mort.

Les effets cumulatifs

La pratique des activités nautique de plaisance n’est pas le seul usage récréatif de l’Archipel, d’autres activités sportives de nature y sont également pratiquées telles que le kayak de mer (location au départ de St Nicolas) ou encore le jet-ski. La pratique du jet-ski encore peu répandue jusqu’en 2003-2004, tend à se développer dans l’archipel, ce qui engendre des dérangements importants de l’avifaune, notamment sur des îlots qui étaient jusqu’alors épargnés (Cf. Fiche Jet-ski) .

La pratique de la plongée est également très répandue dans l’Archipel, mais les impacts liés à cette pratique sont eux aussi très difficiles à évaluer. La plongée est souvent pratiquée de façon autonome, à partir des embarcations de plaisance, mais également en clubs. Le Centre International de Plongée (situé sur l’île St Nicolas) réalise entre 15 et 17 000 plongées par an, auxquellles il faut ajouter les plongées effectuées par les clubs du continent et les individuels. Ces plongées, qu’elles soient encadrées ou non, peuvent être sources d’impact aussi bien sur les espèces que sur les paysages sous marins de l’archipel (Cf. Fiche Plongée).

Ainsi les différentes pratiques sportives exercées dans l’Archipel des Glénan peuvent être à l’origine d’impacts négatifs sur les milieux naturels et la faune. Ceux-ci viennent donc se cumuler aux impacts directement liés aux activités de plaisance. L’archipel, bien qu’il soit encore relativement bien préservé et apprécié pour la qualité de son environnement, est un espace soumis à la pression et aux impacts que peut générer la fréquentation nautique sur les milieux et les espèces, aussi bien marins que terrestres.

 

 

3. PROPOSITION DE PROTOCOLE D'EVALUATION DES IMPACTS

Cet impact sur la végétation sous-marine a fait l’objet d’une analyse approfondie utilisant des méthodologies spécifiques décrites par I. Peuziat,  « Plaisance et environnement. Pratiques, représentations et impacts de la fréquentation nautique de loisir dans les espaces insulaires. Le cas de L’archipel de Glénan ». Cette étude traite dans sa globalité des usages et des modes de fréquentation nautique, afin de pouvoir précisément quantifier, qualifier et spatialiser la fréquentation des plaisanciers dans l’archipel des Glénan. Il a ainsi été possible de dresser une liste des impacts potentiels des usages plaisanciers. Dans cette étude, l’impact du mouillage sur l’herbier de Zostera marina a fait l’objet d’un traitement approfondi, car les données concernant les impacts du mouillage sur cet herbier étaient jusqu’alors insuffisantes.

Ce protocole visait donc à répondre aux questionnements des gestionnaires confrontés à une fréquentation de plaisance importante : Quel est l’impact des ancrages sur l’herbier ? L’ancrage a-t-il un impact réversible sur l’herbier ? Est-il nécessaire de développer les zones de mouillage organisé pour limiter l’ancrage et préserver l’herbier ?

Méthodologie

Pour qualifier l’herbier et évaluer l’impact des mouillages (sur ancre et sur corps-morts sur les fonds marins), des relevés de terrains en plongée et des expérimentations d’ancrages ont été nécessaires. Entre 2001 et 2003, plusieurs missions ont été réalisées sur le site à différentes périodes de l’année. Le travail de terrain a été réalisé en équipe, et en collaboration avec des biologistes marins, habilités à mener des plongées scientifiques. La démarche méthodologique pour évaluer l’impact est basée sur l’étude comparative et le suivi des caractéristiques biométriques de l’herbier dans trois secteurs.

Les zones étudiées : le choix s’est porté sur trois secteurs d’herbiers, présentant des caractéristiques différentes face à la pression du mouillage :

  • Une zone de mouillage organisé
  • Une zone de mouillage forain
  • Une zone témoin, où les bateaux ne stationnent  pas

Fréquence des prélèvements : les prélèvements ont été réalisés en 2001 et 2002, et à deux reprises dans l’année. Ces prélèvements sont réalisés avant et après la saison estivale, période durant laquelle la pression exercée sur l’herbier par les activités de mouillage est particulièrement forte.

Protocole d’étude adapté pour les trois secteurs :

(Toutes les opérations décrites sont réalisées lors de plongées, au minimum trois plongées en palanqués de deux plongeurs, sont nécessaires pour couvrir un secteur).

Acquisition des données : caractéristiques biométriques de l’herbier :

Dans chaque secteur d’étude, trois stations de 10mx10m, soit 100m² sont délimitées par des plots et localisées au GPS (soit au total 900 m² d’herbiers suivis). Pour chacune des stations, on procède au dénombrement des pieds de zostères dans 10 quadrats de 0.1 m² ou 0,5 m² (en fonction de la densité de zostère observée dans la zone) afin de mesurer l’évolution de la densité sur herbier dans ces stations.

Dans chaque secteur (mais hors des stations) on effectue trois prélèvements d’herbier. Chaque prélèvement est réalisé sur une surface de 0,1m², les pieds sont prélevés dans leur totalité (sur une profondeur d’environ 4 cm). Ils sont ensuite analysés en laboratoire, de manière à mesurer l’évolution des caractéristiques biométriques de l’herbier (longueur des feuilles et de la gaine, calcul de la biomasse folliaire et racinaire...). Les informations ont été complétées par des analyses granulométriques, et par des photos sous-marines de certaines stations.

Évaluation de l’impact du mouillage sur bouée, in situ :

Pour le secteur de mouillage organisé, les trois quadrats de 100m² sont positionnés sous les chaînes de mouillage. Ces quadrats sont délimités aux quatre coins par des plots bétonnés enserrant chacun une boucle métallique, ce qui permet la fixation de 4 cordes de 10 mètres matérialisant les quatre cotés du carré. Chacune de ces cordes est graduée tous les mètres, de manière à constituer des repères pour les plongeurs qui réalisent un relevé cartographique de l’herbier dans le quadrat.

La cartographie est réalisée avant et après la période de forte fréquentation estivale, de manière à évaluer la surface de l’herbier dégradée par une chaîne de mouillage, et son évolution durant l’été (période durant laquelle l’herbier est normalement en expansion). De manière à mesurer plus précisément la colonisation ou non de l’herbier, la limite de répartition de l’herbier est matérialisée dès le mois de juin. En septembre, on peut ainsi procéder à la mesure de l’herbier par rapport au piquet. On observe ainsi l’évolution globale du quadrat.

Évaluation de l’impact du mouillage sur ancre :

Pour évaluer l’impact des ancres sur l’herbier, des simulations d’ancrages ont été réalisées. La méthode a été testée avec deux types d’ancres (grappin et ancre plate). Huit ancres de poids et de types différents sont testées à une profondeur d’environ 4 mètres (chacune des ancres est mouillée 5 fois). La technique de mouillage adoptée est classique, et relativement douce : l’ancre est jetée à la proue, la ligne de mouillage se tend doucement. L’ancre est ensuite relevée manuellement à une cadence régulière, sans forçage. Le décrochage de l’ancre est effectué une fois le bateau à l’aplomb de celle-ci. Durant la manœuvre, des plongeurs récupèrent tous les pieds, feuilles et rhizomes arrachés.

Évaluation de la capacité de reconstitution de l’herbier

Les effets mécaniques de l’ancrage sur les zostères ont la particularité d’endommager où d’arracher une petite surface de l’herbier de manière ponctuelle dans le temps et aléatoire dans l’espace (contrairement au mouillage sur bouée, dont l’effet de mise à nu du substrat par la chaîne de mouillage est localisé et continu). Face à ce constat, il est intéressant de connaître la capacité de l’herbier à ce reconstituer après l’arrachage de pieds sur une petite surface. Dans ce but, 15 quadrats de 0,1 m² sont complètement mis à nu dans l’herbier, correspondant à la zone de mouillage forain. Les pieds sont arrachés ainsi que les rhizomes sur une profondeur d’environ 5 cm. Lors de la mission suivante, les repousses sont dénombrées puis à nouveau arrachées et conservées pour être analysées en laboratoire. A chaque mission, le dénombrement des nouvelles pousses et leur arrachage sont effectués, de manière à évaluer la vitesse de régénération de l’herbier durant l’été et l’hiver, mais également pour comparer les caractéristiques biométriques des jeunes pousses à celles des prélèvements habituellement effectués sur le secteur.

Traitement des échantillons

L’ensemble des pieds, feuilles et rhizomes prélevés, est conservé dans une solution formolée jusqu’à leur analyse en laboratoire. Avant toute mesure, les échantillons sont répartis et rincés à l’eau douce. A l’issue de ce rinçage, chaque pied de zostère est numéroté et plusieurs caractéristiques sont relevées : 

  • la position du pied sur le rhizome
  • la longueur et la largeur de la gaine
  • le nombre de feuilles
  • les feuilles sont mesurées (longueur et largeur) en précisant si elles sont cassées ou malades.
  • Après étude de tous les pieds de l’échantillon, les feuilles sont séparées puis placées à l’étude de manière à calculer la biomasse des feuilles et des racines pour chaque station.


ÉTUDE DE L'IMPACT DU MOUILLAGE SUR L'HERBIER DE ZOSTERA MARINA

Facteurs déterminant le choix du site des Glénan :

  • Site très fréquenté par les plaisanciers
  • La plaisance y est l’usage principal
  • Une pratique du mouillage très développée
  • Un milieu marin riche
  • Un des sites majeurs de Zostera Marina en Bretagne

Protocole : Etude comparative et suivi des caractéristiques de l’herbier de 3 secteurs       

  • une zone de mouillage organisée
  • une zone de mouillage forain
  • une zone témoin où les bateaux ne stationnent pas.

- Prélèvements réalisés 2 fois/an (avant et après saison estivale)

- Acquisition de données (dans le cas de mouillage sur bouée, sur ancre…) : Prélèvements d’herbier, simulation d’ancrages, évaluation de la surface couverte et cartographie.

- Étude des caractéristiques des échantillons prélevés (biomasse des feuilles, densité de pied…)

- Comparaison des caractéristiques de l’herbier selon les zones

Les différentes caractéristiques étudiées sont comparées pour les différents sites étudiés (biomasse des feuilles et des racines, densité des pieds, nombre de feuilles par mètres carrés, longueur et surface des feuilles) mais également les pourcentages de feuilles cassées, les maladies...

Les résultats

L’étude comparative des caractéristiques de l’herbier de zostère aux Glénan a permis de mettre en évidence des différences selon les sites étudiés :

Dans le secteur de mouillage organisé sur corps-mort,

la densité de pieds est inférieure à celle des autres sites. Cette densité baisse pendant la période estivale, il faut cependant noter que pendant les périodes de faible fréquentation nautique (printemps et hiver) les conditions de croissance et de biomasses sont « normales ».

Le ragage3 des chaînes détruit totalement l’herbier autour du point d’amarrage de la chaîne sur un rayon variant  le plus souvent entre 3 et 5 mètres. Le nombre de feuilles cassées est plus important pendant la période estivale, ce qui met en évidence l’impact des chaînes dans la zone de ragage. L’abondance d’algues se superposant à l’herbier et occupant l’ensemble des surfaces dénudées, y compris les zones d’érosion par les chaînes de corps-morts, est un autre signe de déséquilibre dans ce secteur. L’herbier subit donc ici un double impact : celui du ragage des chaînes sur un diamètre d’environ 5 mètres autour de chaque point de liaison entre les chaînes traversières et les chaînes de mouillages, et une surcharge organique provenant des eaux usées.

Le choix d’une zone de mouillage organisé induit donc des conséquences non négligeables et négatives sur l’herbier et sur l’ensemble de l’écosystème dans la zone de mouillage.

Dans la zone de mouillages forains, très nombreux pendant la période estivale, les résultats obtenus ne montrent pas d’impacts flagrants sur l’herbier. D’une manière générale, les ancres sectionnent les pieds entiers au niveau du rhizome, et l’on constate que ce sont, en moyenne, 7 pieds entiers qui sont arrachés. Il y a donc bien un arrachage de feuilles sous l’effet des ancrages, cependant le nombre de feuilles cassées n’est pas significativement plus élevé que dans les autres sites. Ainsi, bien que l’ancrage des bateaux de plaisance ait bien un impact sur l’herbier (modification et fragilisation de la structure), on ne peut cependant pas conclure à un impact très important de l’ancrage. D’autre part les zostères endommagées semblent recoloniser assez rapidement les ouvertures crées dans l’herbier, cependant après arrachage, la biomasse de l’herbier est très inférieure à celle de secteurs n’ayant pas subit les impacts de l’ancrage.  

Par ailleurs, ces travaux ont également mis en évidence d’importantes différences dans l’effet de l’ancrage selon le type d’ancre utilisée. On constate que les ancres plates et de type « grappin » prélèvent d’avantage d’éléments de l’herbier, et sectionnent notamment un nombre plus important de feuilles.

Enfin, dans le secteur témoin (sans mouillage, ni ancrage) le nombre de pied reproducteur est plus élevé que dans les autres sites, et la période de reproduction y est plus longue. L’herbier y est plus développé que ceux des deux autres secteurs, en terme de longueur et surface de feuilles.

On peut donc conclure à l’impact de la plaisance sur l’herbier puisque les caractéristiques biométriques des herbiers ne sont pas les mêmes selon les secteurs. Les herbiers des deux secteurs où se pratiquent les mouillages (ancrage ou corps-morts) subissent des arrachages et une fragilisation qui n’existe pas sur le secteur témoin.

4. PROPOSITION D'ACTIONS ET DE GESTION

Le contexte réglementaire

Outils relatifs à la protection et l’aménagement du littoral

La réglementation actuelle concerne principalement la protection du littoral, de manière générale et son aménagement. Parmi les principaux textes, on peut donc citer :

  • la loi n° 76.629 du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature. Elle instaure l’obligation de procéder à une étude d’impact pour certains aménagements, dont font partie les ports de plaisance.
  • la directive d’aménagement national relative à la protection et à l’aménagement du littoral du 25 août 1979.
  • la loi du 3 janvier 1986,  relative à l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral.
  • le décret 91-1110 du 22 octobre 1991, relatif aux autorisations d'occupation temporaire concernant les zones de mouillages et d'équipements légers sur le domaine public maritime.

Il s’agit là d’outils juridiques généraux, non spécifiques à la plaisance, qui ont permis de maîtriser progressivement les créations d’aménagements et d’infrastructures d’accueil pour la plaisance, ainsi que leurs impacts sur l’environnement (création de digues ou d’enrochement perturbant le fonctionnement des milieux...). Néanmoins, les impacts relatifs à l’entretien, au fonctionnement des infrastructures de plaisance ainsi qu’au déroulement de l’activité elle-même (pollution chimique ou bactériologique, destruction d’habitat par les ancres…) restent très importants.

Outils relatifs à la préservation du patrimoine naturel

La qualité et la fragilité des milieux insulaires ont été assez rapidement reconnues, ce qui a permis la mise en place de mesures de protection relatives à la préservation du patrimoine naturel (faune, flore, paysages...) réglementaires ou foncières. Comme de nombreuses autres îles du littoral français, l’archipel de Glénan fait l’objet de mesures de protection ou de préservation de leur patrimoine :

  • L’archipel des Glénan est inscrit en totalité, au titre des sites classés. A ce titre, sont délimités des périmètres de protection de manière à prévenir toute dégradation. Tous travaux ou aménagements susceptibles de modifier ou détruire l’état initial des sites sont interdits.
  • La narcisse des Glénan (espèce endémique de l’archipel) est protégée au titre de son inscription dans les annexes II de la Directive européenne « Habitats » (1992) et de la Convention de Berne (1979). Un périmètre de protection constitué de l’île St Nicolas et des trois îlots où se trouve la narcisse entoure également la Réserve Naturelle. L’archipel est également désigné au titre de la directive européenne « Oiseaux » et compte plusieurs espèces inscrites sur les listes départementales et nationales des espèces protégées, et sur le livre rouge des espèces menacées en France.
  • Une partie de l’îlot St Nicolas bénéficie du classement en Réserve Naturelle. 15 225 m² de l’îlot constituent depuis 1974 la Réserve Naturelle de St Nicolas des Glénan, qui bénéficie d’une réglementation très stricte, puisque son accès est interdit toute l’année.
  • Enfin, les herbiers sous-marins sont inscrits dans la liste des habitats prioritaires de la Directive européenne Natural 2000 , de type «  Bancs de sable à faible couverture permanente d’eau marine » (Habitat 1110). L’archipel de Glénan est inscrit comme proposition de Site d’Importance Communautaire (SIC) pour l’intérêt exceptionnel que représente le benthos infra-littoral et pour la présence de l’un des trois site majeur de Zostera marina en Bretagne (herbier de zostère)

 

Proposition d’action pour limiter les impacts

Les propositions d’actions pour limiter les impacts induits par la fréquentation nautique sont d’une part la mise en place d’outils réglementaires spécifiques à la pratique nautique et plaisancière, mais également la prévention de ces impacts par l’information et la sensibilisation des pratiquants.

Les mesures de protection et les textes réglementaires généraux concernant le milieu marin ne se traduisent pas forcément par des mesures de gestion relatives à la pratique de la plaisance et ces impacts. La gestion de la fréquentation nautique et de ces impacts potentiels reste problématique pour les gestionnaires, notamment en raison des difficultés d’intervention sur le milieu marin et le Domaine Public Maritime.
L’impact et les perturbations de la plaisance sur les herbiers de zostères ayant été mis en évidence, il paraît important d’entamer une réflexion sur des possibles mesures de protection. Les mesures les plus urgentes seraient d’une part la protection légale des espèces et d’autre part la réglementation des activités susceptibles d’endommager les herbiers de zostères. Les activités de plaisance, et notamment les sites de mouillages pourraient être réglementées, tout comme les activités de pêche à pied ou de dragage des coquillages.

Les résultats des travaux réalisés par I.Peuziat, relatifs à l’impact du mouillage ont également mis en évidence les effets liés à l’utilisation des corps-morts. Ceux-ci ont aussi un effet dommageable sur les herbiers de zostères. En effet, la surface de l’herbier arrachée par une chaîne de corps-morts est parfois même plus importante que celle endommagée par les ancrages.  Il faut d’ailleurs indiquer que l’action des chaînes s’effectue constamment au même endroit, limitant les chances de recolonisation de la zone par l’herbier. Ces zones de mouillage sur bouées, sont souvent perçues comme un bon moyen de canaliser la fréquentation et de réduire les impacts des ancrages sur les herbiers marins, or il apparaît que cela n’est pas toujours le cas. La question de l’aménagement des zones de mouillage devrait donc à l’avenir faire l’objet d’une réflexion préalable. De même, la délimitation de sites de mouillages en dehors de zones où se situent des espèces fragiles et remarquables constituerait également un moyen de limiter les impacts des ancrages des bateaux de plaisance. Cette réglementation pourrait s’appuyer sur les enjeux du patrimoine naturel des sites.

Enfin, l’information et la sensibilisation des pratiquants des activités de plaisance pourraient être organisées dans les principaux ports d’attache des plaisanciers et les ports situés sur le continent, sous forme de panneaux, prospectus ou rappels de la part des autorités portuaires. Ceci permettrait de faire connaître aux plaisanciers les conséquences de certains comportements (rejets des eaux usées en mer...) sur les milieux naturels.

L’information pourrait également être diffusée aux professionnels du nautisme et aux personnels encadrants des écoles de voile (sensibilisation aux bonnes pratiques et aux impacts de l’activité lors des formations). De cette manière, l’information pourrait ensuite être relayée aux pratiquants et aux élèves des écoles de voile. La diffusion des informations relatives aux impacts de la plaisance, lors de l’apprentissage permettrait de sensibiliser les futurs pratiquants aux bonnes pratiques.

 

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1. Mouillage organisé : Zone aménagée disposant de bouées de mouillage pour l’accueil des plaisanciers.
2. Corps-mort : Dalle de béton posée sur le fond, munie d’une chaîne et d’une bouée, permettant d’arrêter le bateau sans avoir à ancrer.
3. Ragage : Frotter de façon répétitive contre quelque chose entraînant une usure des parties en contact.

 

 

Bibliographie:

- CREED, J. C. & AMADO FILHO G. M., 1999, Disturbance and recovery of macroflora of a seagrass (Halodule wrightii Ascherson) meadow in Abrolhos Marine National Park, Brasil : an experimental evaluation of anchor damage. Journal of experimental marine biology and ecology, n°234, pp. 285-306.

- FRANCOUR, P., GANTEAUME, A., POULAIN, M., 1999, Effects of boat anchorind in Posidonia océanica seadgrass beds in the Port-Cros National Park. Aquat Conservation n° 9, pp 391- 400.

- GANTEAUME, A., BONHOMME, P., EMERY, E., HERVE, G., BOUDOURESQUE C-F., 2005, Impact sur la prairie à Posidonia oceanica de l’amarrage des bateaux de croisière, au large du port de Porquerolles (Provence, France, Méditerranée), Sci. Rep. Port-Cros National Park Fr, n°21, pp 163-173.

- GANTEAUME, A., BONHOMME, P., BERNARD, G., POULAIN, M,  2004,  Suivi de l’impact des mouillages forains sur l’herbier à Posidonia oceanica dans le Parc National de Port-Cros (Méditerranée nord-occidentale), Edition Gis Posidonie, 25 p.

- GARNIER, R., BIGOT, L.,2002, Dispositifs d’amarrage du Parc marinn, Suivi  environnemental de l’impact sur le milieu marin, Secteurs de St Gilles et de St Leu- Rapport Final, pour l’Association du Parc Marin de la Réunion, 23p ;

- MILAZZO, M., BADALAMENTI, F., et al., 2004, Boat anchoring on Posidonia oceanica bed in a marine protected atrea (Italy, western Mediterranean) : effect of anchor types in different anchoring stages. Journal of Experimental Marine Biology and Ecology, vol. 299, n°1, pp. 51-62.

- PEUZIAT, I., 2005, Plaisance et environnement : Pratiques, représentations et impacts de la fréquentation nautique de loisir dans les espaces insulaires. Le cas de l’archipel de Glénan (France), Thèse de géographie, Université de Bretagne Occidentale, 344p.

- ROBERT, P., 1983, Dégradation de l'herbier de posidonies dans la zone de mouillage organisé de la baie de Port-Cros. Travaux scientifiques du Parc national de Port-Cros, n°9, pp 195-197.

 

Sources Internet :

Réserve Naturelle de Saint Nicolas des Glénan
www.reserves-naturelles.org
www.bretagne-vivante.org

Fédération Française de Voile
www.ffvoile.net/ffv/web/

École Française de Voile
http://www.ffvoile.net/ffv/public/lelabelffvoile/home.asp

Plaisance, limitez votre impact dans la pratique de votre activité (transport, alimentation, matériel et écosystème) Fiche réalisée par l’association Voile de Neptune et la fondation Nicolas Hulot, à l’attention des sportifs.
http://www.fondation-nicolas-hulot.org/#