GESTION DES ACTIVITES DE PLONGEE SOUS-MARINE POUR PRESERVER LA FAUNE MARINE

6 octobre 2008
Exemple du Parc National de Port-Cros (Var)
A10
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Introduction
1. Etat des lieux bibliographique
2. La pratique de la plongée dans les eaux du Parc National
3. Proposition de protocole
4. Les mesures de gestion mises en place à Port-Cros
Bibliographie
Sources internet
 

Créé en 1963, le Parc National de Port-Cros, répartis autour des îles de Port-Cros et Porquerolles, est situé au large de la presqu’île de Hyères (Var). Aujourd’hui, ce sont près de 300 000 visiteurs par an qui fréquentent les îles du Parc qui se concentre principalement pendant la saison estivale. En période de très forte affluence on peut compter jusqu’à 3000 visiteurs par jour sur l’île de Port-Cros. Les activités du Parc National de Port-Cros sont variées, mais particulièrement tournées vers le tourisme et les pratiques sportives de nature. L’activité plaisancière est aujourd’hui la première attraction du Parc auquel viennent s’ajouter la pêche professionnelle, la plongée sous-marine, ou encore la fréquentation du sentier sous-marin. La plongée sous-marine est une activité qui se développe particulièrement dans le Parc.

Les espaces sous-marins de Port-Cros offrent une importante richesse biologique, la faune et la flore y sont variés : étoiles de mer, hippocampes, oursins et autres poissons multiformes (on compte près de soixante dix espèces à observer dont les mérous et murènes), mais également éponges, gorgones rouges, herbiers de posidonie (classés au titre de la Directive « Habitat »)... Le domaine sous-marin offre donc une grande variété paysagère, très attractive pour les plongeurs. Certains sites particulièrement fréquentés subissent chaque année une pression importante de la part des plongeurs et des bateaux supports. Les impacts sur le milieu marin et les espèces, qu’ils soient volontaires ou non, peuvent être négatifs. Le développement des plongées est susceptible d’altérer le milieu. Il s’avère donc nécessaire de conserver aux sites de Port-Cros leurs richesses biologiques et d’éviter leur dégradation.

La très forte fréquentation du site sur une courte période implique des mesures de gestion des activités sportives de nature et plus particulièrement des activités de plongée. Le cas de Port-Cros est particulièrement intéressant puisqu’il illustre l’exemple d’une pratique gérée de manière concertée entre les gestionnaires du Parc et les pratiquants dans un souci de prévention des impacts.


 

     CONTEXTE

         Le Parc National de Port-Cros
 

  • Premier Parc National marin en Europe crée le 14 décembre 1963
  • 705 hectares terrestres
  • 1288 hectares marins

    La plongée sous-marine
 

  • 147 000 licenciés à la FFPSM en 2006

    Sur le territoire de Ports-Cros, on dénombre :
 

  • 45 000 plongées par an
  •  6 sites spécialement aménagés
  • 50 clubs plongeant dans les eaux du Parc

  

  Les milieux de références/ remarquables
 

  • les herbiers : Posidonia oceanica
  • soixante-dix espèces de poissons, dont les mérous, murènes, mandales...

 


1. ETAT DES LIEUX BIBLIOGRAPHIQUE

Le développement de la pratique de la plongée sous-marine depuis les années 1990 a poussé les chercheurs à s’interroger sur les motivations des plongeurs, mais également sur les impacts que peut générer l’activité sur le milieu sous-marin.

La connaissance de la pratique

Plusieurs études et enquêtes ont été menées, notamment sur le territoire du Parc National de Port-Cros. Celles-ci ont tenté de cerner les caractéristiques principales des plongeurs et des clubs fréquentant le territoire du parc : motivations, attentes et comportements des plongeurs. Il s’agissait également de répertorier les principaux lieux de plongée, d’en connaître l’intérêt et la fréquentation [Bertin, S., 2002, Richez, G., 2001]. Ces travaux ont donc porté sur la connaissance des pratiquants, sur les sites de plongée, et n’ont pas abordé la question des impacts potentiels de la pratique sur la faune et les milieux naturels. Cette question a fait l’objet de travaux bien spécifiques.

Évaluer les impacts

Des travaux scientifiques ont ainsi été menés pour tenter de déterminer les impacts générés par la pratique de la plongée sous-marine, à la fois sur la faune et sur la flore sous-marine. Ces travaux ont donc tenté de mesurer l’influence des plongeurs sur les populations de poissons, en comparant l’ichtyofaune1 de différents secteurs, fréquentés ou non par les plongeurs dans les eaux de Port-Cros [Francour, P., 1994]. Les résultats laissent apparaître que les effectifs de certaines espèces semblent plus nombreux dans le secteur interdit à la plongée sous-marine, mais les différences observées ne sont pas flagrantes. Ces travaux ont montré qu’il est particulièrement difficile de valider certaines hypothèses. En effet, il s’avère que  « la  présence de plongeur induit une perturbation des poissons qui peut se traduire par une modification de comportement (migration plus précoce, distances de fuite accrue...) ». Cependant les différences quantitatives n’ont pas été mises en évidences pour la totalité du peuplement. Certaines espèces seulement semblent plus sensibles à la présence des plongeurs.

Le Parc National a également mené des travaux dans le cadre d’un programme d’étude concernant l’impact de la plongée en milieux fragiles et plus particulièrement sur le coralligène2. L’étude menée n’a cependant pas abouti à des résultats concluant à l’impact significatif de la plongée sur le coralligène, dans la mesure où les gorgones et les éponges sur le site choisi ont connu une mortalité brutale au cours de l’étude. De ce fait, l’étude a cherché à en expliquer les causes, et non plus à déterminer l’impact de la plongée [Zabala, M & all, 1999]. Des travaux sur le coralligène sont encore en cours et visent à réaliser une étude comparative d’espèces indicatrices de la santé de l’écosystème local, des secteurs exposés à des pressions de plongée variables.

Les milieux tropicaux

De nombreux travaux ont également été menés en milieux marins tropicaux (Réunion, Maldives, Australie…), afin de connaître les impacts provoqués par la plongée sur les coraux, organismes particulièrement sensibles. Ces travaux ont démontré que lors de plongées sur des sites particulièrement fréquentés, on pouvait observer des contacts parfois nombreux entre les plongeurs et les coraux (toucher, palmages) [Allison, WR., 1996]. Ceux-ci sont d’autant plus fréquents lorsqu’il s’agit d’un public n’ayant pas été informé et sensibilisé à la préservation du milieu, ou de plongeurs de niveau peu élevé. Dans le cadre de certaines études, les chercheurs ont dénombré en moyenne plus de 5 contacts par plongeurs lors d’une session de plongée. Ces contacts, et plus spécifiquement les coups de palmes sont particulièrement dommageables pour le corail, puisqu’ils provoquent des dégradations et des cassures sur les organismes fragiles que sont les coraux. Certains travaux ont par ailleurs montré que les contacts volontaires ou involontaires pouvaient être considérablement réduits grâce à l’information des pratiquants de la nécessité de ne pas entrer en contact avec les coraux [Medio, D., 1996].

Les impacts de la plongée

Bien qu’il soit difficile de prouver précisément l’impact de la plongée sous-marine sur le milieu marin, un certain nombre d’impacts liés au comportement volontaire ou involontaire des plongeurs a été identifié [Parc National de Prot-Cros, 1999] :

Le dérangement de la faune : celle-ci subit de manière répétée les dérangements liés aux plongées. Les éclairages intempestifs (utilisation pour les photos sous-marines) et plus particulièrement les éclairages nocturnes peuvent perturber les cycles jour/nuit de certaines espèces.

De même, l’alimentation des poissons est susceptible de modifier leur comportement, de les rendre plus vulnérables... Nourrir les poissons peut perturber les équilibres naturels, les habitudes de prédation, la chaîne biologique ou encore l’état des animaux. A Port-Cros, une diminution du nombre de mérou avait été constatée, en raison de l’alimentation par les plongeurs.

La détérioration de la flore et des habitats est également constatée sur certains sites de plongée. En effet, lors des plongées les contacts volontaires ou involontaires (palmes et toucher) avec le support ou les organismes peuvent provoquer la perturbation des écosystèmes. Parmi les impacts observés, on peut citer l’arrachage et le toucher (par les palmes) involontaires des gorgones (espèces de coraux) et autres espèces végétales ou encore la mise en suspension de sédiments.

Les communautés végétales et animales fixées sont particulièrement fragiles, un coup de palme peut détériorer l’écosystème pour de longues années. Le coralligène ou encore les gorgones rouges sont particulièrement fragiles et leur croissance très lente (inférieure à 1mm/an). Lorsque ces écosystèmes subissent des dégradations, il faut alors de nombreuses années pour qu’ils retrouvent leur état initial.

De même, le retournement des pierres peut provoquer la destruction de micro-habitats, ou le déplacement des organismes marins. Enfin, les ancrages des bateaux support de plongée peuvent également être à l’origine des arrachages des herbiers de posidonies et de la faune fixée sur la roche, le ragage des chaînes peut aussi provoquer d’importantes dégradations de la végétation (cf. Fiche relative à la Plaisance). Ces impacts, bien qu’ils soient indirects, viennent s’ajouter à ceux directement provoqués par le comportement des plongeurs.

Les impacts de la plongée sous-marine, qu’il s’agisse de dérangement de la faune ou de détérioration de la flore ou des habitats sont également fonction de la fréquentation des sites. Il reste néanmoins très difficile de déterminer les seuils à partir desquels les milieux sous-marins sont saturés. La notion de « capacité de charge » est particulièrement difficile à évaluer.

 

   


SYNTHESE DES IMPACTS SUR LE MILIEU

     Perturbation de la faune
 

  • Dérangements et perturbation de la quiétude ou des activités en cours des espèces (repos, alimentation…)
  • Modifications des équilibres naturels et des comportements, par l’alimentation des poissons
  • Perturbation des cycles jour / nuit de certaines espèces, en raison des éclairages.

    Dégradation de  la flore et des habitats
 

  • Destructions localisées de micro-habitats par retournement de pierres
  • Dégradations et arrachages par contacts involontaires (coups de palmes, toucher…)
  • Déplacement d’organismes marins et mise en suspension de sédiments
  • Impacts liés aux ancrages

          

 


2. LA PRATIQUE DE LA PLONGEE DANS LES EAUX DU PARC NATIONAL

La pratique de la plongée s’est particulièrement développée dans les eaux de Port-Cros. On a pu constater le développement très important de cette pratique sportive depuis une vingtaine d’années : alors que l’on dénombrait environ 11 700 plongées par an en 1985, on en compte près de 45 000 actuellement.

 Les plongeurs fréquentent les eaux du Parc majoritairement d’avril à novembre. Il faut noter que la majorité des plongées (environ 40 000) sont réparties principalement entre les mois de mai, juillet et août. Actuellement, la pratique de la plongée dans les eaux du Parc fait l’objet d’une Charte que tout plongeur doit signer. Depuis 2004, la plongée est interdite aux plongeurs non signataires. Ainsi, la Charte réglemente strictement l’activité en ce qui concerne l’information des plongeurs, l’organisation des plongées, les comportements à adopter et les obligations à respecter.

 

La pratique encadrée

La majorité des plongées à Port-Cros se fait de manière encadrée. On compte une vingtaine de clubs locaux présents sur la côte voisine, qui viennent pratiquer régulièrement dans les eaux du parc. Néanmoins, c’est environ une cinquantaine de clubs au total qui viennent plonger à Port-Cros. Les plongeurs sont d’origines très variées, puisque l’on compte près de 20% d’étrangers (Suisses, Pays du Nord), 22% de la région Ile de France et une majorité de plongeurs de la région Provence Alpes Cote d’Azur (environ 50 % des plongeurs).

La pratique individuelle

La pratique individuelle est plus marginale, mais on compte tout de même 1500 plongées par an. Sont considérés comme « plongeurs individuels » toutes les personnes s’adonnant à la plongée avec leur propre logistique. Il s’agit pour la plupart de plongeurs pratiquants à partir de bateaux de plaisance.

La localisation des sites de plongée

La plongée se pratique un peu partout dans les eaux du Parc National, hormis sur la côte sud-ouest, interdite à la plongée en période estivale. Cependant, certains sites sont plus fréquentés que d’autres (70 % des plongées se font sur des rochers de Port-Cros).

Six sites répartis sur le territoire du parc ont été aménagés : deux sont situés autour de l’île de Bagaud, un autour de l’îlot de la Gabinière et trois autour de Port-Cros. Ils sont spécialement réservés à la plongée et tous présentent un intérêt particulier pour les plongeurs. La majorité des plongées a lieu dans un secteur riche en faune spectaculaire (paysages de gorgones du coralligène, mérous, congres, barracudas). L’aménagement des sites de plongée consiste à l’installation de bouées d’amarrage destinées aux bateaux support de plongées. Les bouées sont fixées à un type d’ancrage respectueux du milieu, mis en place par le Parc [cette ancre s’enfonce dans le substrat (vase, sable ou végétation) sans provoquer d’impacts ou de dégradations sur le milieu]. Les bateaux peuvent ensuite s’amarrer aux bouées qui y sont fixées.

L’accès à ces bouées reste gratuit et réservé en priorité aux bateaux support de plongée. Le mouillage étant interdit sur ces sites de plongée, les plongeurs sont donc obligés de s’amarrer sur les bouées disponibles. Cette mesure limite donc le nombre de bateaux présents sur site et permet ainsi de réguler la fréquentation des sites de plongée (répartition dans l’espace).

 Il faut noter que la pratique de la plongée, qu’elle ait lieu sur site aménagé ou non, et quelque soit le nombre de bateaux, se limite à quarante plongeurs maximum en même temps sous l’eau, sur le même site. De même, les rotations sont limitées à une par demi-journée. Ces mesures, prises en concertation avec les clubs de plongée, sont le résultat d’observations de terrains. Au-delà de ces chiffres, on arrive très rapidement à la saturation du milieu. Toutefois, ces mesures sont susceptibles d’évoluer, le quota de plongeurs pourrait alors être limité à nombre moins important si cela s’avérait nécessaire.

Le sentier sous-marin

Premier « sentier sous-marin » français, cette activité fut mise en place en 1979 pour tenter de gérer au mieux la fréquentation et d’orienter les activités sous-marines vers un tourisme de nature respectueux du milieu. Bien qu’il ne s’agisse pas tout à fait d’un sport de nature, il s’y apparente grandement car les attentes des visiteurs y sont sensiblement semblables à celles des plongeurs. L’objectif de ce sentier sous-marin est donc d’initier les visiteurs à la découverte du milieu marin méditerranéen par le contact et l’immersion dans une zone du littoral non perturbée. Le sentier se parcourt en surface, à l’aide de palmes, masques et tuba. Il présente l’ensemble des écosystèmes que l’on peut rencontrer en Méditerranée. Des éléments de pédagogie et de connaissance sont apportés grâce aux panneaux d’information immergés. De plus, le sentier est balisé et toute circulation est interdite dans cette zone, ce qui permet la mise en sécurité totale des nageurs.

Ce sentier est aujourd’hui considéré comme un excellent outil de découverte et de contact avec le milieu marin. La fréquentation estivale des dernières années est estimée à une trentaine de personnes par jour, accompagnées par un animateur, soit environ 3000 personnes chaque été. Une centaine de personnes chaque jour utilisent également ce site eux-mêmes pour découvrir le milieu à l’aide des panneaux immergés.

Un cumul des usages parfois problématique

Le développement des activités de plongée dans les eaux du Parc National de Port-Cros accroît la pression sur le milieu marin. Cette pratique sous-marine entre en concurrence avec les autres activités pratiquées dans le parc, notamment l’activité plaisancière et la pêche professionnelle. Il peut alors se développer une concurrence de fréquentation des sites avec les autres usagers, et conduire à des tensions. Les gestionnaires doivent donc se pencher sur ces questions et notamment sur le problème de la sécurité.

La pratique d’une activité telle que la plongée sous-marine implique la mise en place de mesures de sécurité. La plongée n’étant pas limitée dans les eaux du Parc (hormis le secteur sud-ouest en période estivale), il peut alors se poser des problèmes de sécurité liés à la multiplicité des usages : plongée près des filets de pêche, mouillages des plaisanciers dans des zones de plongée... Par ailleurs, la demande croissante de la part des plongeurs peut entraîner une forte pression sur certains sites et être à l’origine de problèmes de sécurité liés à la sur-fréquentation des sites, au niveau technique des plongeurs, à la disponibilité des sites (replis sur des sites techniquement plus difficiles ...).

Les gestionnaires sont soumis à une demande d’aménagements de zones de plongée de plus en plus importante. Actuellement, il en existe déjà six réparties autour des îles du Parc. Elles couvrent environ 43 hectares, mais sont parfois insuffisantes en raison des quotas de plongeurs autorisés sur un même site.

 

 

 
 

3. PROPOSITION DE PROTOCOLE

Face au développement de la plongée sous-marine, les gestionnaires du Parc National de Port-Cros ont souhaité savoir quel pouvait être l’impact de cette pratique sur le patrimoine biologique et écologique du site, et plus particulièrement sur l’ichtyofaune de la zone littorale. Une étude a donc été menée de 1990 à 1994, par le Dr P. Francour (Université de Marseille).

Pour la réalisation de ces travaux, trois sites de fréquentation variable, ont été sélectionnés pour effectuer les échantillonnages :
-  L’îlot du Rascass ,  site où la plongée est strictement interdite
-  Montrémiant, site très fréquenté par les plongeurs
-  La Galère, site également fréquenté par de nombreux plongeurs

La méthodologie employée

Sur chacun de ces trois sites, des échantillonnages de l’ichtyofaune ont été réalisés dans l’herbier de Posidonia oceanica. Deux missions ont été réalisées en période hivernale (novembre et décembre) et deux au printemps (avril et juin) pour comparer les sites de Montrémiant (très fréquenté) et de l’Ilot du Rascass (secteur où la plongée est interdite). Ces premiers relevés ont été complétés par cinq autres missions de comparaison entre les deux sites accueillant des plongeurs (Montrémiant et LaGalère). Ces dernières ont également eu lieu à différentes périodes de l’année. Lors de chacune des missions, les comptages de poissons ont été effectués entre 9h et 14h.

L’ichtyofaune de l’herbier a ainsi été échantillonnée à la fois en zone superficielle  (entre 3 et 8 mètres de fond) et en  zone profonde (entre 13 et 18 mètres de fond). Seule la station de Rascass a fait l’objet d’un échantillonnage uniquement dans la zone superficielle.

La totalité du peuplement présent n’a pas été échantillonnée, seule une fraction a été retenue (27 espèces au total, parmi les Labridae, Centracanthidae, Mugilidae, Pomacentridae, Serranidae, Scopanidae, Sparidae). L’échantillonnage3 a été réalisé selon la méthode suivante : les poissons sont dénombrés visuellement, en plongée sous-marine le long de transects (dimensions 20 m x 2 m) et classés selon trois classes de taille (petits, moyens, grands). Les densités peuvent alors être calculées (individus pour 10m²) ainsi que la biomasse. Les données sont ensuite saisies et traitées pour comparaison des sites. La biomasse, la composition spécifique des échantillonnages et les densités de poissons sont donc étudiées pour évaluer les impacts de la plongée.

Les résultats obtenus

Les résultats obtenus diffèrent selon les critères étudiés :

  • La comparaison de la composition spécifique globale4 des peuplements échantillonnés démontre que les celle-ci est comparable entre les différentes stations, qu’elles soient fréquentées ou non par les plongeurs. En été, le nombre d’espèces recensées sur les sites étudiés est le même, soit environ une vingtaine d’espèces. La composition spécifique globale est maximale en période estivale et minimale en période hivernale. Ceci est dû à la migration de certaines espèces vers des zones profondes en période hivernale. Les résultats obtenus ont cependant mis en évidence une migration hivernale plus précoce sur le site de Montrémiant, particulièrement fréquenté. La très forte fréquentation de cette station par les plongeurs et les dérangements induits sont susceptibles d’être à l’origine de cette migration hâtive de certaines espèces.
  • L’analyse des densités moyennes de peuplement permet d’identifier des différences selon les sites, qu’ils soient fréquentés ou non par les plongeurs. En effet, les densités moyennes sont plus importantes dans la station interdite à la plongée (environ 13 individus/10m2 sur le site non fréquenté, contre 9,5 individus/10m2 sur le site fréquenté). Néanmoins, on peut noter que ces écarts globaux ne sont pas très marqués. Les différences quantitatives sont plus significatives pour une partie du peuplement et certaines espèces semblent particulièrement sensibles aux dérangements occasionnés par la présence de plongeurs.
    Ces travaux ont révélé que c’était le cas pour la famille des Serranidae. Ainsi, une analyse plus précise des espèces a mis en évidence quelques différences pour les deux sites fréquentés. En dehors de la saison touristique, c’est à Montrémiant que la densité est la plus importante (caractéristiques de l’herbier favorables). En revanche, au cours de la période de dérangement maximum (été au début de l’automne), les tendances sont inversées et c’est à La Galère, où la fréquentation est moindre, que l’on observe la plus forte densité. 
  • En ce qui concerne les biomasses5, les résultats sont sensiblement les mêmes que pour la densité moyenne. Les différences de biomasses d’une station à l’autre ne sont pas particulièrement significatives, bien que celles du site interdit à la pratique restent toutefois supérieures aux deux autres sites. Les résultats obtenus dans le cadre de l’étude de la structure démographique sont similaires puisque sur l’ensemble du peuplement, le pourcentage de grands individus est un peu plus élevé sur le site non fréquenté. En revanche, sur les deux autres sites accueillant des plongeurs, les résultats sont comparables.

Les résultats obtenus dans le cadre de ces travaux ont permis de mettre en évidence l’existence de différences entre les zones très fréquentées par les plongeurs et celles qui ne le sont pas sur les populations de poissons. Il existe certaines variations en ce qui concerne les effectifs, la densité ou encore la composition des peuplements de l’ichtyofaune de ces secteurs du Parc de Port-Cros. Cependant ces différences ne sont pas toujours caractéristiques et ne permettent pas de conclure à un impact significatif de la plongée sous-marine sur les populations de poissons. La perturbation induite par les plongeurs semble donc limitée dans le cas de Port-Cros. On peut cependant noter que ces travaux ont mis en évidence une sensibilité accrue de la part de certaines espèces.

Enfin, les résultats obtenus sont à replacer dans un contexte bien précis. Les résultats obtenus dans le Parc National de Port-Cros ne sont pas extrapolables à tous les milieux. L’impact des plongées sur un milieu plus dégradé ou menacé pourrait être plus considérable. A Port-Cros également, une pression accrue de l’activité serait susceptible de modifier les résultats obtenus.

Dans la mesure où les impacts des plongées sur le milieu restent encore difficilement évaluables, les gestionnaires du Parc National se sont engagés dans une démarche de prévention des impacts par la réglementation de l’activité et l’information.

 

4. LES MESURES DE GESTION MISES EN PLACE A PORT-CROS

Présentation du contexte réglementaire

Il existe à Port-Cros un certain nombre d’éléments réglementaires relatifs à la pratique de la plongée dans les eaux du Parc, ceux-ci émanent à la fois du Préfet Maritime, et du Directeur du Parc qui a la possibilité de réglementer :

La plongée sous-marine est interdite dans la zone maritime du Parc National de Port-Cros, par arrêté du Préfet Maritime (Arrêté n° 33-2004), sauf dans le cas où elle est autorisée dans des conditions spécifiques prévues par les arrêtés émanant du Parc National de Port-Cros. En effet, l’arrêté n°7 du 29 juin 2004 portant réglementation des activités pouvant porter préjudice aux milieux naturels et à la biodiversité du Parc National, spécifie dans quelles mesures celle-ci peut être pratiquée :
 

  • Article 2 : «  La plongée est autorisée aux plongeurs individuels signataires de la Charte de partenariat de la plongée sous marines des eaux du Parc National de Port Cros, ainsi qu’aux plongeurs encadrés ou assistés par une structure de plongée[...] dans la mesure ou ces structures en sont eux même  signataires ».
     
  • Article 4 : «  Sur chacun des six sites de plongée aménagés, définis par l’Arrêté n°33-2004 du Préfet Maritime [...] les dispositifs d’amarrage installés sont réservés en priorité aux navires supports de plongée ».
     
  • Article 6 : « Un non respect des dispositions énoncées dans la Charte peut être sanctionné, notamment d’une peine/amende prévue en application des dispositions de l’article R.241-61 du Code de l’Environnement ».

La Charte de la plongée sous-marine énonce un certain nombre de dispositions auxquelles doivent se plier les plongeurs désireux de pratiquer dans les eaux du Parc National : obligations relatives à l’information des plongeurs, au comportement...
Les signataires de la Charte s’engagent sur des éléments essentiels visant à la protection du milieu marin.

Des obligations relatives à l’organisation des plongées sont également formulées dans la Charte : ainsi, le nombre de plongeurs par site est donc limité (Article 8 de la Charte) : « Sur chaque site aménagé ou non aménagé et quelque soit le nombre de bateaux, 40 plongeurs maximum  pourront être simultanément en action de plongée ». Par ailleurs, « les structures de plongée, les plongeurs individuels ne pourront effectuer qu’une rotation par demi journée à la destination d’un même site, dans l’aire marine du Parc ».

Ces mesures ne résultent pas d’études scientifiques, mais d’observations de terrains des gestionnaires et des gardes du parc, qui les ont amené à limiter le nombre de plongeurs sur les sites. Il leur a semblé qu’au-delà de ce chiffre, le milieu sous-marin subissait une trop forte pression.

La Charte précise également certaines obligations plus spécifiques : un niveau minimum de plongée est requis pour plonger sur certains sites, les baptêmes et les plongées de nuits sont interdits sur certaines zones... ainsi que les sanctions prévues en cas de violation des modalités. Tout plongeur ou structure de plongée qui commet une infraction peut être verbalisé et voir son autorisation de plongée résiliée pour le reste de l’année, et suspendre le droit de signature de la charte pour l’année suivante.

Cette Charte impose donc des contraintes de comportement, de niveau technique, d’organisation dans le programme des plongées et dans le choix des sites. De cette manière, elle incite les clubs à une autogestion de leur activité. Elle vise donc à limiter l’impact de la plongée par la responsabilisation des plongeurs et par la modification de leurs comportements.
 
 


CHAPITRE III DE LA CHARTE

« Obligations relatives au comportement des plongeurs »

L’Article 15 précise que les signataires s’engagent à :
 

  • Limiter les éclairages sous-marins,
     
  • Adopter ou favoriser l’usage de gilet stabilisateur pour éviter les palmages dévastateurs pour la faune et la flore,
     
  • Éviter tout contact physique, volontaire ou involontaire avec le substrat ou les espèces,
     
  • Proscrire toute action de perturbation, de prélèvement ou de destruction des espèces,
     
  • S’interdire et prohiber tout nourrissage et tout procédé attractif pour des animaux
     
  • Proscrire l’utilisation de scooter sous-marin et tout rejet polluant
     


Organisation locale pour limiter les impacts

Le Parc National de Port-Cros s’est tourné vers des méthodes de concertation et d’implication des pratiquants de plongée afin d’accueillir un maximum de personnes dans un respect de la biodiversité. Le Parc s’est engagé dans une démarche contractuelle pour la gestion de la plongée sous-marine avec la mise en place de cette Charte multilatérale afin de responsabiliser les usagers et d’influencer leurs comportements.

Les efforts de concertation avec les pratiquants, les clubs, les professionnels de la plongée et la Fédération Française d'Etudes et de Sports Sous-marins (FFESSM) ont débuté à partir des années 90 et ont abouti en 1994, à la mise en place d’une première Charte, basée sur le volontariat. Les signataires, volontaires, s’engageaient moralement à avoir un comportement responsable vis-à-vis du milieu. Les clubs locaux ont donc accepté et respecté les contraintes mentionnées dans la Charte. Cependant, les pratiquants individuels ont été très peu nombreux à signer cette Charte. Les plongeurs individuels étaient donc moins informés et les infractions nombreuses.

La Charte est donc devenue obligatoire pour tous en 2004, suite à la demande des clubs locaux signataires. Depuis 2004, la plongée se trouve donc interdite aux plongeurs non signataires. Cette mesure s’applique à la fois aux plongeurs encadrés mais également aux individuels. Pour les plongeurs en club, c’est le club qui signe la Charte au nom de tous les plongeurs en s’engageant à la faire respecter auprès des adhérents. Les plongeurs individuels doivent de leur coté se rendre au bureau du port de l’île avant de pouvoir plonger. Cette démarche demande donc un engagement  à la fois moral, mais aussi physique de la part des plongeurs qui sont obligés de se déplacer avant leur première plongée de l’année.

Par ailleurs, la Charte n’a pas seulement vocation à la réglementation des activités de plongée et à en préciser les modalités. Elle implique largement les professionnels dans l’information des plongeurs, mais également dans la surveillance du milieu (signalement de toute anomalie, telles que la présence de l’algue Caulerpa taxifaulia, filets abandonnés, prolifération de certains organismes marins ...).
Les professionnels sont également impliqués dans la réévaluation annuelle de la Charte. Il s’agit en effet, d’une Charte évolutive, qui fait l’objet chaque année d’un bilan et de discussions entre le Parc et les professionnels. Elle peut ainsi évoluer et être améliorée.

L’information

Cette Charte a avant tout une base pédagogique, elle vise à informer les plongeurs de la grande sensibilité des milieux sous-marins et de la nécessité de les préserver. Les gestionnaires n’ont pas simplement souhaité l’application rigide et brutale de cette Charte, ils se sont également « engagés à aider les structures signataires de la Charte, en vue de la réalisation de documents d’information destinés à être diffusés auprès des plongeurs, dans le but de promouvoir une activité de sensibilisation et de connaissance des milieux sous-marins ».

Les gestionnaires du Parc ont donc réalisé, avec l’aide d’un dessinateur connu, des plaquettes « publicitaires » sous forme de bandes dessinées. Celles-ci rappèlent de manière ludique et pédagogique les articles de la Charte. Ce document est largement diffusé : il est distribué à chaque plongeur individuel qui vient signer la Charte, il est également présent sous forme d’affiches dans les bateaux supports de plongée. Ceux-ci sont donc tenus d’expliquer les modalités de la Charte aux personnes qu’ils transportent durant les traversées, mais également  d’attirer leur attention sur la fragilité du milieu.

Actuellement le fonctionnement de cette charte s’avère très satisfaisant. En effet, grâce à la concertation, les acteurs locaux se sont fortement impliqués et associés à la gestion de l’activité. Ils contribuent à la mise en place de la réglementation adaptée, à son évolution et à son respect, mais également à la diffusion de l’information concernant le milieu naturel, support même de l’activité.

Ainsi, la gestion des activités de plongée sous-marine dans le Parc National de Port-Cros à valeur d’exemple. Les mesures nécessaires à la préservation du milieu ont été prise, en concertation avec les pratiquants et sont aujourd’hui largement appliquées et respectées. Le système tend à être exporté dans d’autres sites méditerranéens protégés, et à d’autres pratiques (plaisance ou pêche).

 

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1.Ichtyofaune : ensemble de poissons vivants dans un espace géographique ou un habitat déterminé.
2.Coralligène : Milieu caractéristique de la Méditerranée. Il s’agit d’un concrétionnemennt d’algues calcaires formant des blocs colonisés ensuite par un grand nombre d’espèces animales. Le milieu est particulièrement apprécié des plongeurs, car la faune et la flore fixée offrent une diversité de formes, de couleurs et une richesse biologique.
3. Sélection d’une partie de l’ichtyofaune présente sur les sites étudiés.
4. La composition spécifique globale correspond au nombre d’espèces rencontrées, pour un mois et une station donnée, sur l’ensemble des transects.
5.Biomasse : quantité totale de matière de toutes les espèces vivantes (ichtyofaune) présentes dans la zone déterminée

 

BIBLIOGRAPHIE

- ALLISON, W.R, 1996, Snorkeler damage ro reef corals in the Maldives Islands, Coral Reef 15, pp215-218.

- BRETIN, S., 2002. Les plongeurs dans les eaux du Parc National de Port-Cros. Rapport d'activité. Université Paris X Nanterre, Laboratoire Sport et culture / Parc National de Port-Cros, Paris, 176 p.

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SOURCES INTERNET

Site  Internet du Parc National de Port Cros
www.portcrosparcnational.fr/accueil/

La Charte de plongée dans les eaux du Parc National de Port-Cros
www.portcrosparcnational.fr/documentation/parcnational/index.asp?page=institution

Parc National de Port-Cros, 2002, Le sentier sous-marin de Port-Cros « Baie de la Palud », Dossier Technique, 6p.
www.portcrosparcnational.fr/documentation/parcnational/index.asp?page=technique

Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins
www.ffessm.fr/

Données d’Observation pour la Reconnaissance et l’Identification de la faune et la flore Subaquatique (DORIS – Commission Environnement et Biologie Subaquatique)
http://doris.ffessm.fr/doris.asp

"Plongée, Limitez votre impact dans la pratique de votre activité (matériel, transport, alimentation et écosystèmes)" ; fiche réalisée par l’association Voile de Neptune et la fondation Nicolas Hulot à l’attention des Sportifs.
http://www.fondation-nicolas-hulot.org/